« 27 octobre 1839 » [source : BnF, Mss, NAF 16339, f. 265-266], transcr. Madeleine Liszewski, rév. Jean-Marc Hovasse, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.10783, page consultée le 13 mai 2026.
27 octobre [1839], dimanche soir, 7 h.
Je t’écris une seconde lettre, mon Toto, parce qu’il me semble à la longueur du temps et surtout à ma tristesse que je ne t’ai pas vu depuis hier, aussi l’habitude de t’écrire deux fois par jour est-elle revenue comme si effectivement tu m’avais quittée hier au soir au lieu de tantôt1. Mon cher adoré, penses-tua à moi ? M’aimes-tu ? Me plains-tu ? Me désires-tub et vas-tu bientôt venir ? Moi, je te désire, je t’aime, je t’adore et je suis triste. Je donnerais ma vie pour deux liards. Il est stupide de dire que parce qu’on [a] été deux mois heureux, deux mois vivant dans le soleil, dans l’amour et dans la liberté on [doive ?] sentir moins vivement le chagrin de l’absence : moi je suis enragée ce soir, et je donnerais toute ma vie pour être sûre de passer ce soir et cette nuit avec toi. Voilà à quoi sert le bonheur dans l’amour, c’est à vous faire trouver l’absence d’un jour, d’une heure, d’une minute, une chose odieuse et insupportable. Ceux qui sentent autrement n’aiment pas, voilà tout. Je souffre. Je me figure que tu es heureux sans moi, que tu ne pensesc plus à moi, que tu n’as plus besoin de moi et je voudrais mourir. Si j’étais seule, je pleurerais, je crierais, je me taperais la tête contre les murs car je souffre atrocement. Mon Dieu pourquoi ne puis-je pas aimer comme tout le monde ? Je grignoterais mes souvenirs comme tu dis, je me frotterais les mains au coin de mon feu et je t’attendrais patiemment mais je ne peux pas croire que je t’aimerais si je pouvais faire ainsi et j’aime mieux souffrir et t’aimer de toute mon âme.
Juliette
1 La veille, Juliette et Victor sont rentrés d’un voyage de deux mois en Allemagne, en Suisse et dans le sud de la France.
a « pense-tu ».
b « désire-tu ».
c « pense ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle renonce définitivement à son métier et Hugo s’engage, par un mariage symbolique, à l’entretenir et ne jamais l’abandonner.
- 1er févrierLouise Beaudoin, malade, ne peut jouer dans Ruy Blas. Juliette Drouet refuse de reprendre son rôle.
- ÉtéLéopoldine s’éprend de Charles Vacquerie.
- 31 août-26 octobreVoyage en Alsace, Rhénanie, Suisse et Provence.
- Nuit du 17 au 18 novembre« Mariage » symbolique de Juliette Drouet et Victor Hugo, par lequel elle renonce à sa carrière d’actrice et reçoit l’assurance qu’il ne l’abandonnera jamais, et s’occupera de Claire.
